vendredi 20 avril 2018

Le Procès de Rogue - CHAPITRE VII : LE DÉFAUT DU PLAN DE LA DÉFENSE, LE CAS NEVILLE LONDUBAT

Consulter les chapitres précédents  : Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V - Chapitre VI

Le Procès de Rogue

Au cours des sept années dont nous sommes témoins à travers les différents tomes de Harry Potter, il y a un deuxième élève que Severus Rogue semble traiter avec plus de mépris que les autres. Cet élève, c’est évidemment Neville Londubat. Celui-ci ne possédant pas les circonstances particulières de la relation entre Harry et Rogue sur lesquelles je suis déjà longuement revenue, le cas de Neville Londubat est un peu plus difficile à défendre pour les avocats de Severus Rogue. Mais, puisqu’on est là pour tenter de mieux comprendre, c’est ce qu’on va essayer de faire.

CE QUE DIT VRAIMENT L’ÉPOUVANTARD
La forme que prend l’épouvantard de Neville est un argument sur lequel les anti-Rogue aiment beaucoup se reposer dans la défense de leur point de vue. Selon eux, le fait qu’un adolescent dont les parents ont été torturés jusqu’à la folie par Bellatrix Lestrange ait davantage peur de Rogue que de Bellatrix prouve à quel point Rogue est mauvais. À mes yeux, l’absurdité de cet argument tient à deux aspects ignorés par les personnes précédemment citées. Il y a d’abord méprise sur ce qu’est un épouvantard et ensuite non-considération de la psychologie d’un adolescent. En troisième année, lors du premier cours du professeur Lupin, Hermione donne la définition suivante.

« C’est une créature qui change d’aspect à volonté en prenant toujours la forme la plus terrifiante possible. » - Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (Chapitre 7, « Un Épouvantard dans la Penderie »).

Comme d’habitude avec Hermione, la définition académique est brillante d’exactitude mais, comme souvent, elle manque aussi de nuances. Les exemples donnés dans la suite du chapitre cité montrent que les formes prises par un épouvantard relèvent souvent de la phobie ou prennent en compte une notion de possibilité et de proximité plutôt que de reposer sur la rationalité. Il y a fort à parier que, si l’on donnait aux élèves de Poudlard le choix entre se retrouver face à un gros rat, un serpent à sonnette (exemples cités dans ledit chapitre) ou un Voldemort au sommet de sa puissance et en colère, beaucoup choisirait d’affronter leur phobie. Ron, bien que terrifié par les araignées depuis des années, se retrouve tout de même face à un épouvantard très semblable aux spécimens qu’il sait habiter dans la Forêt Interdite à ce moment même. La forme de l’épouvantard de Harry, si elle reposait sur la rationalité, se rapprocherait sans doute plus du cadavre de ses amis, de quelqu’un lui annonçant son renvoi de Poudlard et du monde des sorciers ou, dans l’absolu et comme c’est envisagé par lui-même et par Lupin, d’un Voldemort au sommet de sa puissance. Pourtant, son épouvantard prend la forme d’une créature qu’il vient de rencontrer, contre laquelle il ne sait pas se défendre et qu’il sait se trouver aux portes même du château à ce moment-là. La définition de l'épouvatard se rapproche donc plus de 'la forme la plus terrifiante possible à ce moment-même' ou même de ce que la cible identifie consciemment comme ce qui lui fait peur - une phobie - plutôt que ce qui serait réellement la situation la plus terrifiante possible pour elle. On peut donc difficilement recevoir la forme d’un épouvantard comme argument rationnel pour quoi que ce soit. Au moment de cette scène, Neville se retrouve plusieurs fois par semaine en présence de Rogue, un professeur qui lui fait peur et avec qui il obtient de mauvais résultats et qui, de surcroit, vient de quitter la pièce. Bellatrix Lestrange, toute terrifiante qu’elle soit, se trouve très loin, dans une cellule de la prison d’Azkaban dont il n’est jamais prévu qu’elle sorte à ce moment de l'histoire. Neville ne s’est en plus jamais retrouvé en sa présence. Il faut aussi se souvenir que Neville est, à ce moment-là, un adolescent de 13 ans. Un âge auquel une humiliation dans la cours de récréation, une mauvaise note ou une heure de cours avec un professeur sévère est souvent un sort perçu comme bien plus terrible que cela ne l'est réellement. Cela ne signifie pas que ledit professeur est une incarnation du mal, simplement qu’un adolescent manque souvent de recul et de perspective.

Rogue Neville fanart
© Art by Neizu

LA THÉORIE INTÉRESSANTE LIÉE À LA PROPHÉTIE
Le fait que je m’intéresse ici à Neville Londubat n’est pas lié au hasard. Severus Rogue a certainement dû traumatiser des quantités d’élèves sans que leur cas soit aussi intéressant - du moins pour ce qui nous concerne ici - que celui de Neville. Comme on le sait, le personnage de Harry Potter est très lié à la deuxième partie de la vie de Rogue. Et Neville, parce qu’il aurait pu être celui que désignait la prophétie, a un parcours qui évolue en parallèle de celui de Harry sans jamais vraiment le rejoindre. Sahil Juneja, un fan particulièrement pointu, s’est intéressé aux raisons de la haine que semble porter Severus Rogue à Neville Londubat et s’est appuyé sur les informations de la prophétie pour dégager une théorie. Il explique que,  parce que Neville aurait pu être l’enfant de la prophétie, il incarne, tout comme Harry, la culpabilité, la tristesse, la colère et la détestation que Rogue ressent envers lui-même. Ce cocktail d’émotions enfouies et refoulées rejaillit inconsciemment sur cet élu manqué. Si les bases de cette théories me semblent tout à fait cohérentes et recevables, j’en ai cependant fait une interprétation différente que j’explique dans le paragraphe suivant. Pour en terminer avec les réflexions de Sahil Juneja, il estime aussi que la cruauté de Rogue envers Neville s’explique par le passé de maltraité de Rogue.

"Ceux qui ont été maltraités pendant leur enfance ont tendance à maltraiter les autres plus tard. Ça montre leur puissance face aux faibles, et ils ont l’air plus forts et plus courageux", dit-il.

Là encore, pour moi, les bases sont intéressantes mais je ne suis pas complètement en accord avec l’interprétation. Mais la notion de courage chez Rogue est une thématique que j’aborderai dans le prochain (et dernier !) chapitre de cette démonstration.

NEVILLE, L’AUTRE COUPABLE
À mon sens, les sentiments de Rogue envers le lien entre Neville et la prophétie sont plus profonds et plus terribles que ne les décrive la théorie précédemment. Il me semble que si Rogue déteste autant Neville, c’est parce que, arbitrairement, il lui en veut. Neville incarne le facteur qui, en dépit de la plus grande erreur de Rogue, aurait pu sauver de Lily. Si Voldemort avait choisi Neville Londubat comme cible, l’erreur de Rogue n’aurait pas eu les conséquences dramatiques qu’elle a eu sur sa vie. Pourquoi Voldemort a-t-il « préféré » les Potter aux Londubat ? Par hasard ? Voldemort n’a jamais été homme à laisser au hasard le soin de prendre des décisions pour sa vie. Il devait avoir ses raisons (certainement liées à la puissance magique et au potentiel des enfants) et je suis persuadée que Rogue, qui a toujours estimé l’intelligence et le pouvoir détenu par Voldemort, a porté considération à ces raisons. Lorsque, dix années plus tard, Rogue voit arriver à Poudlard un garçon qui ne semble pas présenter de grands pouvoirs magiques, qui réussi à faire fondre un chaudron en préparant une simple potion contre les furoncles et qui, globalement, ne présente en rien l’envergure d’un rival ou d’un successeur au Seigneur des Ténèbres, il estime sans doute - consciemment ou non - que la médiocrité qu’il voit chez Neville - et qui lui semble supérieure à la médiocrité qu'il voit chez Harry - explique le fait que Voldemort ne l’ait pas pris pour cible. Si Neville avait été plus intelligent, plus prometteur, s’il avait manifesté de plus grands pouvoirs magiques au cours de sa première année de vie, Voldemort se serait sans doute tourné vers lui plutôt que Harry. Si Neville avait été un plus grand sorcier, Lily ne serait pas morte - c'est ainsi que j'imagine la réflexion de Rogue au sujet du fils Londubat.
Ce qui m’amène la transition parfaite vers ma réflexion suivante. Le pendant négatif de l’amour de Rogue pour la magie, le pouvoir et la connaissance, c’est son mépris pour la stupidité, l’incompétence et la médiocrité - les attributs qu’il voit en Neville. Aux yeux de Rogue, Neville ne possède pas les qualités qui font d’un homme un grand sorcier et, si on veut faire preuve d’objectivité, on peut estimer que, sous certains aspects, Rogue n’a pas totalement tort. Qu’on s’entende bien et avant que le monde entier me tombe dessus, je reconnais évidemment que Neville Londubat est un héros, un garçon respectable, courageux et droit dans ses bottes. Gloire à Neville Londubat. Mais du point de vue du sens stricte de la puissance magique, il n’a jamais fait de prouesses. On avance souvent son manque de confiance en lui pour expliquer ses difficultés mais si son manque de confiance était la seule explication, il sévirait partout. Pourtant Neville excelle en botanique. Il détruit Naguini et l’horcruxe qu’il incarne avec une épée. Et, lorsqu’il s’oppose à ses amis, il n'utilise pas sa baguette mais ses mains nues

« Et il lâcha son crapaud qui disparut sous un meuble.
-Essaye de me frapper, dit-il en levant les poings. » - Harry Potter à L’École des Sorciers (Chapitre 16, « Sous la Trappe »).

En bref, Neville est doué, compétent et il incarne un grand homme/sorcier pour la plupart des gens - uniquement lorsque ce qu’il fait ne nécessite pas de magie. Pour ce qu’on en sait, toutes les actions précédemment citées (manier une épée, être un génie en botanique, s'opposer physiquement à ses amis) et qui sont souvent les faits de gloire qu’on évoque au palmarès de Neville auraient pu être effectuées par un moldu sans que ça ne fasse la moindre différence. Lorsqu’il s’agit de pouvoirs magiques au sens strict du terme, Neville galère beaucoup - et beaucoup plus que les autres. Il ne manifeste pas le moindre pouvoir avant ses 8 ans et, de mémoire, il fait presque toujours partie des derniers à maîtriser les sortilèges enseignés par Harry avec l’Armée de Dumbledore (en dehors de la séance mentionnant le charme du Bouclier). Bien sûr, cela fait apparaître chez lui d’autres qualités telles que la persévérance, la force de travail et le courage. Mais, pour en revenir à Rogue, ce ne sont pas des qualités qu’il attribue à l'idée qu'il se fait d'un grand sorcier. Un sorcier qui doit travailler comme un acharné pour atteindre un résultat moyen ou tout au plus correct, n’intéresse pas quelqu’un qui n’a toujours eu que l’excellence comme ligne de conduite.

EN RÉSUMÉ
Pourquoi j’estime que Neville Londubat constitue le défaut dans le plan de la défense de Rogue ? Parce que le traitement particulier que le professeur réserve à son élève a des raisons qui, si elles sont identifiables, qu’elles soient vérifiées ou théoriques, sont moins excusables que la complexité de la relation qui existe entre Harry et Rogue. Ces deux derniers n’auraient sans doute jamais pu avoir une relation normale mais Neville n’aurait pas dû être traité différemment que tous les autres élèves.
Est-ce que ça modifie mon opinion à propos de Rogue ? Très peu. Parce qu'une fois de plus, cela renvoie à la manière dont doit (ou peut) être jugé un homme. Si ses mauvaises aspects annulent tout ce qu’il a accompli de bon ou si tout ce qu’il est et ce qu’il a fait doit être considéré comme un ensemble qui peut se compenser ou au moins s’équilibrer. Et, si l’on choisit cette deuxième option, le seul contenu du dernier chapitre de cette démonstration devrait être en mesure, non pas d’effacer ou d’excuser, mais de pardonner tout ce qui a été légitimement reproché (et on a vu tout au long de ces chapitres que, peut-être, les exemples ne sont pas si nombreux) à Severus Rogue.


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Les chapitres précédents et suivants sont répertoriés dans l'article d'Introduction & Sommaire au fur et à mesure de leur publication.

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Lily

mercredi 18 avril 2018

Le Procès de Rogue - CHAPITRE VI : SEVERUS ROGUE ÉTAIT-IL UN SI MAUVAIS PROFESSEUR ?

Consulter les chapitres précédents : Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V

Le Procès de Rogue

Pour passer à des thématiques un peu moins dramatiques mais qui animent souvent les procès dressés contre Rogue, je me suis penchée sur sa personnalité d’enseignant.
J.K. Rowling a révélé l’avoir vaguement basé sur un prof de physique-chimie qu’elle avait détesté. Le personnage de professeur de Rogue est donc littéralement construit pour incarner le cauchemar du collégien. Le lecteur a souvent découvert Severus Rogue alors qu’il était lui-même collégien, ou si ce n’est pas le cas, a toutes les chances d’avoir connu au cours de sa scolarité, un enseignant qu’il a craint et/ou qui a ressemblé, d’une manière ou d’une autre, au maître des potions. Au tout début du premier chapitre de cette très longue démonstration, je rappelais qu’il ne fallait pas oublier qu’on découvrait Rogue à travers le regard quasi-exclusif de Harry et que le portrait dressé du personnage par une simple lecture des romans s’en trouvait nécessairement erroné ou du moins, orienté. Je pense qu’il est nécessaire de le re-préciser avant d’essayer de comprendre qui il est en tant que professeur. Le point de vue sur la qualité de son enseignement dont on dispose en plus grande qualité provient d’élèves et particulièrement d’élèves de Gryffondor. Là encore, il aurait été pertinent de connaître le point de vue d’autres personnages sur le sujet, comme des élèves de Serdaigle ou de Poufsouffle (ou même de Serpentard, soyons fous), des adultes, d’autres professeurs ou même de Dumbledore lui-même.
Je ne crois pas pouvoir prouver et convaincre que Severus Rogue soit un bon professeur. D’une part, parce que je ne suis personnellement pas certaine que ce soit vrai, d’autres parts parce qu’un bon professeur ne l'est jamais pour tout le monde. Certains attendront ou auront besoin de la sympathie, d’autres d'une connaissance et d'une maitrise pointues, d’autres de la sévérité et de l’exigence… Et les définitions du bon professeur sont ainsi trop nombreuses. Mais je peux au moins essayer de te convaincre qu’il n’est pas si mauvais.

LE PROFESSEUR QUI NE VOULAIT PAS ENSEIGNER
Être un bon pédagogue, c’est comme être quelqu’un de sympathique : ça ne semble facile qu’à ceux pour qui c’est inné. Il ne me semble pas absurde de considérer que Severus Rogue n’a jamais eu la vocation d’enseigner. Il aspirait à faire de la grande magie, à devenir puissant et je suis quasiment sûre qu’il n’a jamais rêver d’apprendre à des enfants de 11 ans à faire une potion contre les furoncles qu’il pourrait lui-même préparer dans le coma, sous endoloris et avec une main attachée dans le dos. De ce qu'on sait, Rogue postule à un poste d'enseignant à Poudlard d'abord sous ordre de Voldemort pour espionner Dumbledore, puis pour rester sous la protection de ce dernier après avoir été innocenté puis en tant qu'espion à nouveau, mais cette fois avec un rôle d'agent-double. Il se retrouve obliger d'assurer un métier qui nécessite passion et vocation pour être effectué correctement et lui ne possède aucune de ces deux qualités. C'est toujours sous la contrainte qu'il assure ses cours - et même pas ceux de sa matière de prédilection.

LES ADOLESCENTS FACE AU SARCASME
Je reviens un peu plus précisément sur cette histoire de prisme à travers lequel on perçoit Rogue. Je me suis bien rendue compte qu’en ce moment, la tendance allait plutôt à la défense de la gentillesse et la bienveillance, mais, entre nous, je trouve que c’est au mieux naïf et chiant, au pire, un peu dangereux.
Qu'on soit d'accord : être gentil et faire le bien, c’est cool et on devrait le faire plus souvent. Croire que cela suffit pour survivre et que les enfants et les adolescents n’ont besoin que d’entendre cela, c’est inquiétant. Vivre une vie entière sans rencontrer de difficultés ni de personnes qui ne nous feront pas de cadeaux, ce n’est pas possible. C’est un peu comme l’enseignement d’Ombrage finalement. En refusant de leur enseigner la pratique, elle ne les prépare pas à la réalité du monde extérieur. Si je n’entoure des adolescents que de gentillesse et de bienveillance, je ne les prépare pas à la réalité du monde extérieur, du monde du travail, etc. Évidemment, on peut souhaiter que cette réalité soit différente, on peut oeuvrer pour qu’elle le soit, mais en attendant c’est une réalité qui existe et qu’il serait inconscient d’ignorer.
Une fois de plus, qu'on soit bien d'accord, je ne dis pas que si Rogue traite aussi durement, sévèrement et parfois injustement ses élèves, ce n’est pas pour leur rendre service et par bonté d’âme. Ce que je suis en train d’expliquer, c’est que la plupart de ce qu’il fait ou de ce qu’il dit est sans graves conséquences. On l’accuse de retirer des points injustement quand… perdre des points n’a réellement aucune conséquence. Bien sûr, et pour l’avoir expérimenté, quand on appartient à une maison et une équipe comme c’est le cas de tous les élèves de Poudlard, les points deviennent importants, parce qu’on se prête au jeu de la compétition et qu’on a envie de gagner. Mais, dans le cadre de Poudlard et de sa coupe des quatre maisons, gagner n’apporte ni privilège, ni meilleure éducation, ni rien du tout, alors perdre n’a aucune conséquence. On peut s’intéresser au rôle que ces gratifications ont sur la confiance en soi mais, de mon point de vue, une confiance en soi qui vient des autres est… oxymoriale et n’a donc qu’un intérêt illusoire. On accuse aussi Rogue d'avoir l'heure de colle un peu facile mais je serais curieuse de savoir combien d'heures de retenue qui n'ait pas été justifiée par un comportement inadéquat il a réellement données. Bien peu, si tu veux mon avis.
Pour en revenir à Severus Rogue, certaines de ses réflexions - comme l’épisode du sortilège de Malefoy VS les dents de Hermione rappelé dans un chapitre précédente - relèvent de la pure méchanceté et n’auraient rien à faire dans la bouche d’un enseignant dans l’exercice de ses fonctions. Je ne les ai pas compté mais les interventions de cette nature ne sont pas si nombreuses. Dans l’ensemble, les interventions de Rogue relèvent plus de l’ironie et du sarcasme, qui, si elles n’étaient pas reçues par les oreilles d’adolescents de 15 ans susceptibles, seraient même… drôles.



« -C'est gentil à vous de venir nous voir, Potter. Dommage que vous jugiez les robes de l'école indignes de votre élégance naturelle. » - Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Chapitre 8, « La Victoire de Rogue »)

Alors oui, le sarcasme et l’ironie ne sont, par définition, pas des manifestations de la gentillesse et de la bienveillance. Mais tu sais quoi ? Ce n’est pas pour autant que j’ai envie de les condamner, d’encourager des jugements qui les condamnent ou de condamner celles et ceux qui la pratiquent. Parce que je n’ai pas l’intention de me condamner moi-même, pour commencer.

Rogue Fanart
© Art by Jaz. ? - Je n'ai pas trouvé de lien, désolée !


LE MAÎTRE DES POTIONS & L’OBLIGATION D’EXIGENCE
S’est-on déjà demandé si Severus Rogue, en tant que professeur de potions, avait raison d’être aussi sévère, intransigeant et de n’exiger que l’excellence de la part de ses élèves ? Observons un instant les autres matières enseignées à Poudlard. L’arithmancie, l’astronomie, l’étude des moldus, l’études des runes et l’histoire de la magie sont toutes des matières plutôt théoriques qui ne présentent aucun danger. La défense contre les forces du mal, la métamorphose et les sortilèges ont une dangerosité relatives au pouvoirs des sorciers qui les exercent : rater un sort ou en utiliser un dangereux, ne présentent pas beaucoup de risques dans le cadre des premières années comme l’explique Ron :

« Mais on ne meurt que dans les vrais duels, avec des vrais sorciers. Tout ce que vous arriverez à faire Malefoy et toi, c’est à vous envoyer des étincelles. Vous ne vous y connaissez pas suffisamment en magie pour vous faire du mal. » - Harry Potter à l’École des Sorciers (Chapitre 9, « Duel à Minuit »).

… et comme le re-précise Maugrey-Croupton :

« Avada Kedavra est un maléfice qui exige une grande puissance magique. Si vous sortiez tous vos baguettes à cet instant et que vous les pointiez sur moi en prononçant la formule, je ne sais même pas si vous arriveriez à me faire saigner du nez. » - Harry Potter et la Coupe de Feu (Chapitre 14, « Les Sortilèges Impardonnables »).

En bref, une erreur, un manque de sérieux ou de rigueur dans une classe qui semble à première vue aussi dangereuse qu’un cours de Défense Contre les Forces du Mal sur les sortilèges impardonnables n’aura à priori aucune conséquence dramatique. Observons maintenant ce qu’il se passe lors du premier cours de potions de la première année, autant dire, le b.a-ba du sujet. Les élèves ont pour consigne de préparer quelque chose qui semble tout à fait inoffensif : une potion destinée à soigner les furoncles. Neville Londubat fait une erreur qui apparaît à priori minime puisqu’il ajoute des épines de porc-épiques avant de retirer son chaudron du feu, au lieu d’après. En plus des furoncles qui poussent sur les bras, les jambes et le nez de Neville, voici ce qu’il se passe :

« Neville Londubat s’était débrouillé pour faire fondre le chaudron de Seamus et leur potion se répandait sur le carrelage en rongeant les chaussures des élèves. » - Harry Potter à L’École des Sorciers (Chapitre 8, « Le Maître des Potions »).

Ce qui m'amène à la comparaison suivante. Un sortilège de mort lancé par toute une classe de quatrième année = au pire, cela fait saigner du nez. Une petite erreur dans la préparation d’une potion basique de niveau première année = la potion se transforme en une sorte d’acide corrosif qui fait fondre un chaudron en étain (modèle standard, taille 2) et ronge les pieds des élèves. Certains accusent Rogue d’une trop grande sévérité, je dis que c’est plutôt un homme avisé qui a raison de ne pas laisser faire n’importe quoi à ses élèves.

Lors de la cinquième année de Harry, Rogue commence son premier cours par parler des BUSEs qui auront lieu à la fin de l’année.

« Je vous conseille de consacrer tous vos efforts à maintenir le haut niveau que j’attends de mes élèves en année de BUSE. » - Harry Potter et L’Ordre du Phénix, (Chapitre 12, « Le Professeur Ombrage »).

Si Rogue n’est pas le plus généreux en compliments, cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’attentes envers ses élèves. Il estime donc qu’ils sont capables de réussir. Quelque part, il me fait penser à la manière dont Gregory House, dans la série « Dr. House » agit avec ses équipes successives. Il les pousse à bout, il teste leurs limites et il est intransigeant parce que les conséquences peuvent être fatales mais obtient le meilleur des personnes qu’il a devant lui. Je crois qu’aucun des médecins ayant collaboré avec House au fil des saisons n’a jamais estimé qu’il soit un mauvais professeur. Un sale con, sans aucun doute, mais un mauvais professeur, jamais.
D’autant que leur enseignement, à House comme à Rogue, apporte des résultats plutôt bons, dont de plusieurs indices nous sont distillés au fil des tomes - pour Rogue, pas pour House, évidemment. Dolores Ombrage, lors de son inspection, estime la classe de rogue « très avancée par rapport au niveau habituel ». On peut, bien entendu, remettre en cause le jugement d’un tel professeur mais on peut au moins estimer, 1) qu’elle se base sur un programme « officiel » 2) qu’elle n’aurait pas hésité à démonter l’enseignement d’un professeur proche de Dumbledore si elle en avait eu l’occasion.
Durant ce même début d’année, on s’est sans doute tous insurgés de l’ "injustice" dont faisait preuve Rogue quand il faisait disparaître les potions de Harry en lui collant des zéros. On oublie la conséquence que cette sévérité à sur le comportement de Harry et qui devrait être l’objectif de tous les professeurs : pousser les élèves à être plus attentifs et à obtenir de meilleurs résultats.
Voyons plutôt ce qu'il se passe. Semaine 1 : Harry ne lit pas correctement des instructions notées au tableau et rate son philtre de Paix. Semaine 2… 

« Décidé à ne pas donner à Rogue un prétexte pour lui faire rater sa potion du jour, Harry lut et relut ligne à ligne les instructions inscrites au tableau avant de les mettre en pratique. Sa solution de Force n’avait certes pas la couleur turquoise de celle d’Hermione mais au moins, elle était bleue ». - Harry Potter et L’Ordre du Phénix (Chapitre 15, « La Grande Inquisitrice de Poudlard »).

Grâce à l’injustice de Rogue, Harry a retenue son erreur et gagné en rigueur. La même chose se serait-elle passée si Rogue s’était contenté de lui donner une note passable ? Encore une fois, je ne suis pas en train de prétendre que Rogue traite Harry avec injustice pour lui rendre service, puisque ce n’est pas le cas. Ce qui se vérifie en revanche, c’est que son enseignement n’est pas si mauvais, ne serait-ce que parce qu’il ne donne pas de mauvais résultats. Il en donne même de plutôt bons, si on observe les résultats aux épreuves des BUSEs des élèves de l’année de Harry. Hermione, sans surprise, a obtenu un Optimal. Harry, qui n’a jamais étudié les potions dans de bonnes conditions avant sa sixième année, a tout de même obtenu un Effort Exceptionnel et Ron aussi, qui n’est pourtant pas connu pour sa nuance et sa subtilité, qualités toujours utiles à un bon préparateur de potions. Si on observe la composition de la classe présente au premier cours du professeur Slughorn, on remarque que seuls Harry et Ron n’ont pas leur manuel et leurs affaires de potions et donc qu’ils sont sans doute les seuls présents à n’avoir pas envisagé de poursuivre l’étude de cette matière. On peut en déduire que tous les élèves présents le sont sous les conditions du professeur Rogue, à savoir, qu’ils ont obtenu un Optimal à leur BUSE de potions, soit dix élèves de l’année de Harry. À cela deux explications : soit la mention « optimale » aux BUSEs n’est pas si difficile à obtenir, soit l’enseignement de Rogue porte ses fruits. Étant donné qu’on n’a peu d’informations sur les différents résultats des élèves dans les autres matières, c’est un peu compliqué de comparer mais si on prend en compte que Hermione Granger elle-même n’a pas de mention optimale en Défense Contre les Forces du Mal, on peut admettre qu’obtenir la meilleure note à ces examens n’est pas un but si facile à atteindre... et donc que Rogue n'a pas fait un si mauvais travail que ça avec sa bande de cornichons.


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Les chapitres précédents et suivants seront répertoriés dans l'article d'Introduction & Sommaire au fur et à mesure de leur publication.

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Lily

dimanche 15 avril 2018

Le Procès de Rogue - CHAPITRE V : LILY EVANS : ÉTAIT-ELLE RÉELLEMENT L’AMIE DONT SEVERUS ROGUE AVAIT BESOIN ?

Consulter les chapitres précédents : Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV

Le Procès de Rogue

Avant de commencer mes recherches, Lily Evans n’était pas une thématique que j’étais sûre de vouloir aborder. L’idée de cet article était surtout d’explorer des aspects et des détails de Severus sur lesquels on revient généralement peu - ou mal - et il me semblait que la question de Lily avait été suffisamment discutée et débattue, en long, en large et en travers. En avançant dans les recherches et surtout dans la réflexion, j’ai bien fini par me rendre à l’évidence : vouloir comprendre Severus Rogue sans parler de Lily Evans rend toute la démonstration caduque et lacunaire. Sans compter qu’il reste des pistes intéressantes à explorer et que je m’en serais de toute façon voulue de ne pas dire certaines choses sur le sujet. Finalement, c'est sans doute l'un des chapitres les plus longs de la série.

UN SENS DE L’AMITIÉ DISCUTABLE
Quand on parle de Lily Evans, on s’arrête souvent à la non-réciprocité de l’amour que Severus Rogue lui portait pour laquelle on ne peut rien lui reprocher. Les sentiments ne se contrôlant pas et Rogue ne s’étant jamais déclaré auprès d’elle, elle n’aurait pas pu faire grand chose de plus. Mais on peut en revanche s’interroger sur un rôle qu’elle revendiquait bel et bien de tenir et au nom duquel elle aurait peut-être pu faire davantage. Ce statut, c’est celui de meilleure amie de Severus Rogue.

« -…pensais que nous étions amis ? déclarait Rogue. Et même les meilleurs amis, non ?

- C’est vrai, Sev, mais je n’aime pas certaines personnes que tu fréquentes ! Je suis désolée, je déteste Avery et Mulciber ! Mulciber ! Qu’est-ce que tu lui trouves, Sev ? Il me donne la chair de poule ! » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

Je suis peut-être naïve, ou idéaliste, mais, de mon point de vue, on ne juge les fréquentations ou les décisions - aussi déplorables soient-elles - de ses amis. En fait, la notion même d’amitié exclut toute idée de jugement. On peut exprimer un désaccord (ou refuser d’aborder certains sujets), conseiller autre chose ou, dans l’idéal, chercher à comprendre. J’ai du mal à comprendre comment on peut avoir une telle réaction face à celui qu’on estime comme son meilleur ami depuis l’enfance (soit depuis environ 7 ou 8 années), qu’on aime et auquel on tient et décider de… le laisser tomber. Rogue est sur le point de faire l’erreur de sa vie en rejoignant les Mangemorts - une erreur qui va le mettre en danger - et Lily lui dit en gros de se débrouiller tout seul et de ne plus compter sur elle. Mais, dans ces échanges, Lily va même un peu plus loin. Si elle n’a aucun mal à juger les fréquentations de Rogue et leurs actions, elle ne réagit bizarrement pas aussi bien à la situation inverse, lorsque Rogue émet des critiques sur les agissements de James Potter. On peut arguer que leurs agissements et leurs motivations étaient peut-être moins malfaisants que les actions perpétuées par les futurs Mangemorts de Serpentard, mais ils n’étaient pas vraiment enfants de coeur. À l’époque de leur scolarité, les Maraudeurs faisaient même sans doute courir plus de risques à leurs petits camarades et à l’entourage direct du château que ne l’ont jamais fait les « plaisanteries » stupides infligées par les fréquentations de Rogue.



« -C’était quand même dangereux ! fit-elle remarquer. Se promener la nuit en compagnie d’un loup-garou ! Que se serait-il passé si vous aviez réussi à leur fausser compagnie et que vous ayez mordu quelqu’un ?
-Une pensée qui me hante toujours, dit Lupin d’un ton grave. Souvent, cela a failli se produire. » - Harry Potter et Le Prisonnier d’Azkaban (Chapitre 18, « Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue »)

En plus d’être des Animagi non-déclarés (ce qui est complètement illégal, pour rappel), les Maraudeurs sont complices du fait qu’un loup-garou se promène dans le parc d’une école un soir de pleine lune, loup-garou qui manque de leur fausser compagnie à plusieurs reprises. Ni James, ni Sirius, ni Peter, ni Remus lui-même ne semblaient comprendre la gravité de ce qu’ils faisaient ou, à l’évidence, ils s’en fichaient éperdument. Je trouve un peu facile de condamner celles et ceux qui utilisent une magie soi-disant maléfique alors que ceux qui la jugent ont des comportements tout aussi dangereux pour autrui. Mais, étrangement et aux yeux de Lily, Rogue est moins légitime à s’intéresser et à juger les actions de James Potter que Lily ne l’est à juger celles d’Avery et de Mulciber.



« -Je connais ta théorie, reprit Lily, d’un ton glacial. D’ailleurs, pourquoi es-tu tellement obsédé par eux ? Pourquoi t’occupes-tu de ce qu’ils fabriquent la nuit ?

-J’essaye simplement de te montrer qu’ils ne sont pas aussi merveilleux que tout le monde semble le croire.
L’intensité du regard de Rogue fit rougir Lily. » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

Lily a le droit d'être obsédée par Mulciber mais Rogue n'a pas le droit de s'intéresser aux agissements de Potter et de ses potes. Cette vision à deux vitesses de l’amitié est quelque chose qui me gêne profondément. Si pour Lily, l’amitié ne consistait qu’à partager quelques bièraubeurres au Trois Balais en laissant tomber tout le monde à la première difficulté, elle n’était - à ce moment-là - clairement pas l’amie qu’il fallait à Rogue. Elle était même potentiellement l’amie qu’il ne fallait à personne en fait. Tu t’imagines si Hermione et Ron avaient tourné le dos à Harry quand il s’est mis à parler Fourchelang ? Ou à squatter la tête de Voldemort ? Ou à être hyper chiant comme dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix ? Le pire, en considérant les indices à notre disposition, c'était que Lily ne devait même pas suffisamment considérer l’amitié qu’elle avait pour Severus pour consentir à boire des bièraubeurres avec lui.

Ne s’est-on jamais interrogé sur le fait que, au cours des sept premières années que Harry a passées dans le monde magique et qui sont relatés dans les livres, personne n’ait jamais fait mention de l’amitié qui avait uni sa mère au professeur qu’il déteste tant ? Cela ne pouvait nécessairement pas venir de Rogue, et Dumbledore avait juré de protéger ce secret. Mais parmi tous ceux (Remus, Sirius, Hagrid, McGonagall, Slughorn, etc.) qui ont vu grandir les parents de Harry et qui ont souvent cherché à le convaincre qu’on pouvait faire confiance à Rogue ou, du moins, travailler avec lui ? N’est-il pas étrange que personne n’ait été suffisamment marqué par cette relation atypique, entre une Gryffondor et un Serpentard, entre la future épouse de James Potter et celui qui le haïssait tant, pour l’évoquer lorsque Harry s’interrogeait au sujet de la haine manifeste et incompréhensible - pour lui - que lui portait son professeur de potions ? Qu’il n’existe même aucune photo, aucune preuve du temps qu’ils aient passé ensemble et que Rogue soit obligé de risquer sa vie en retournant au quartier général de l’Ordre du Phénix après avoir tué (« aidé à mourir ») Dumbledore pour récupérer un souvenir de Lily ? Que même Madame Rosmerta - aka, la personne qui a vu défiler tous les potins de Poudlard dans son pub - n'en dise jamais le moindre mot ? En fait, la seule personne qui n’ait jamais fait mention du lien ayant existé entre Lily et Severus Rogue est… Pétunia Dursley. Même si Harry se trompe en passant qu’elle parle de son père, c’est bien à Rogue que Pétunia fait allusion dans cet extrait.



« J’ai entendu… cet horrible garçon… il en parlait à… à elle… il y a des années…, dit-elle d’une voix hachée. » - Harry Potter et L’Ordre du Phénix (Chapitre 2, « Crises de Bec »)


Mon avis, et même s’il ne repose sur aucune indice suffisamment solide pour constituer un véritable argument, est que Lily n’a jamais pleinement assumé son amitié avec Rogue lorsqu’elle était à Poudlard. Peut-être n’avait-elle aucun mal à être son amie lorsqu’ils étaient en vacances et que les seuls témoins étaient leurs familles respectives et les respectables habitants moldus de Carbone-Les-Mines mais cela était peut-être beaucoup plus difficile lorsqu’ils étaient à Poudlard. Là, où Lily était la brillante Gryffondor très aimée qui plaisait aux plus populaires des joueurs de Quidditch et où Rogue n’était que le garçon étrange, qui connaissait trop de sortilèges pour son âge et qui inspirait autant crainte que de méfiance. Je ne serais pas étonnée que le malaise se soit installé dès la cérémonie de répartition et qu’il se soit durablement renforcé bien avant que Rogue se tourne vers le groupe de Mangemort.

La conclusion que je tire de tout cela, ce n’est pas que Lily soit une mauvaise personne ou qu’elle soit fautive dans les (mauvais) choix qu’a opérés Rogue. Je crois simplement qu’elle n’avait pas les épaules pour gérer quelqu’un d’aussi exigeant que l’est Rogue et pour lui apporter ce dont il aurait eu besoin - quelqu’un qui l’aurait soutenu et accepté de manière inconditionnelle et qui aurait été capable de le ramener plus tôt sur le droit chemin. Il me semble par ailleurs que Lily lui tourne le dos quand il est exactement à la croisée des chemins. Elle choisit de sa focaliser uniquement sur l’insulte, et cela peut se comprendre, mais il nie bel et bien s’être déjà décidé au moment où elle le laisse tomber.

« -Je ne peux plus faire semblant. Tu as choisi ta voie, j’ai choisi la mienne.
-Non. » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

Rogue Lily fanart
© Art by ??? 


SANG-DE-BOURBE ET RÉDEMPTION
Le fait que Rogue ait utilisé le terme « Sang-de-Bourbe » pour insulter Lily et plusieurs autres Né(e)s-Moldus est généralement l’une des charges les plus retenues contre lui, à juste titre. Puisqu’ici, il s’agit de comprendre et d’expliquer plus que de justifier, penchons-nous un moment sur le contexte de cette insulte. Pour rappel, « Sang-de-Bourbe » est une appellation insultante pour un(e) sorcier(e) Né(e)-Moldus. C’est une manière de mépriser son ascendance et de sous-entendre que son sang est sale ou impur, par opposition au sang des familles de Sang-Pur.
Rappelons ensuite que Rogue est un adolescent, aspirant à être accepté, à appartenir à quelque chose de grand et qu’il entend toute la journée ses petits camarades utiliser cette insulte. Rappelons aussi qu’il a 16 ans et qu’il est donc influençable et un peu idiot. Rappelons enfin qu’il vient de se faire publiquement humilier par James Potter au moment où cette insulte dirigée contre Lily lui échappe et qu’il est donc humain qu’il n’est pas complètement le contrôle de ses nerfs. Je ne pense pas qu’il existe un seul être humain sur terre qui n’est pas déjà dit quelque chose d’idiot sous le coup de la colère. Il ne faut pas oublier que Rogue lui présente des excuses le soir-même. Excuses qu’il ne dit pas en passant du coin des lèvres mais qu’il tient absolument à présenter, puisqu’il menace de camper toute la nuit devant la salle commune des Gryffondor pour avoir une chance de le faire. Il a fait une erreur = il va directement présenter des excuses. Soulignons au passage que si Lily lui a pardonné de (ou du moins à laisser couler le fait de) « traiter de Sang-de-Bourbe tous les gens qui sont de même naissance qu’[elle] », elle s’offusque beaucoup plus quand l’insulte lui est destinée.
Mais pour revenir à Rogue, sur quoi peut-on se baser pour savoir si, oui ou non, il croyait en cette supériorité des Sang-Pur ? Commençons par le commencement, à savoir, les croyances dans lesquelles il a été élevé. Tobias Rogue, son père détestant tout y compris la magie, a difficilement pu lui transmettre des idées de noblesse pour les familles de Sang-Pur. Eileen Prince, sa mère, était elle bien issue d’une longue lignée de sorciers. Cependant, et sauf erreur de ma part, rien indique qu’elle n’ait épousé Tobias Rogue, un moldu, et se soit installée dans une ville moldue sous une quelconque contrainte. On peut donc supposer qu’elle n’accorde pas grande valeur au taux de magie dans le sang de son mari ou de son fils. Reste que le jeune Severus, n’ayant sans doute jamais beaucoup aimé son père moldu, aurait pu développer d’autres opinions. Mais quand Lily, avant son entrée à Poudlard, l’interroge sur ce sujet, il choisit de la rassurer.

« -Est-ce que ça fait vraiment une différence d’être née moldue ?
Rogue hésita. Dans l’ombre verte des arbres, ses yeux noirs se posèrent avec ardeur sur le visage au teint pâle, les cheveux d’un roux foncé.
-Non, répondit-il, ça ne fait aucune différence.
-Très bien, dit Lily en se détendant.
Manifestement, elle s’était inquiétée à ce sujet. » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

La thématique « Sang-de-Bourbe » constitue par ailleurs une récurrence tout au long du récit du Prince. Il s’ouvre presque sur cet extrait, bascule par la dispute entre Lily et Severus qui a été évoquée précédemment et se ferme sur une scène qui commence par ceci :

« -Cher directeur ! Ils campent dans la forêt de Dean ! La Sang-de Bourbe…
-N’utilisez pas ce terme ! » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

Soit Rogue ne s’est jamais pardonné d’avoir utiliser ce mot - spécialement pour Lily puisque cela lui a coûté sa sympathie - soit il a renoué avec celui qu’il était avant de faire tous ses mauvais choix, et il ne peut de fait plus supporter l’insulte. La précision suivante sera peut-être superflue, mais, étant donné que je viens moi-même de la découvrir, je me dis qu’il y a peut-être pour qui elle ne sera pas complètement inutile. T’es-tu déjà interrogé(e) sur la raison pour laquelle le pire souvenir de Rogue était… justement le pire souvenir de Rogue ? Cette scène racontée dans le chapitre vingt-huit de Harry Potter et L’Ordre du Phénix et qui décrit l’altercation entre Rogue et les Maraudeurs a certainement eu beaucoup de précédents. Rogue a sans doute "gagné" quelques uns de ces affrontements mais on peut admettre qu’il en a sans doute aussi perdus. Pourquoi cette humiliation-ci constituerait-elle précisément son pire souvenir, plutôt que la toute première ou n’importe quelle autre ? Si, à la première lecture, on admet que c’est cette humiliation qui est au coeur du souvenir, les révélations contenues dans Les Reliques de la Mort permettent de remettre en question cette théorie. Toute cette scène n’a rien d’inédit dans la vie de Rogue excepté… ce qu’il dit à Lily. C’est la première (et dernière fois) qu’il la traite de Sang-de-Bourbe et c'est précisément ce qui amène Lily à renoncer à leur amitié. De tous les souvenirs de Rogue, le pire n’est pas lié au climat toxique dans lequel ses parents l’ont fait grandir, ni aux humiliations qu’il a subies de la main de James Potter et des Maraudeurs... De tout ça, le pire souvenir de Rogue reste le moment où il a utilisé ce terme malheureux.
Avant de conclure sur ces histoires de lignée et de sang, j’aimerais revenir sur une conclusion que Harry tire à la fin du Prince de Sang-Mêlé et qui me semble un peu bancale.

« Il a mis en avant la branche sang-pur de sa famille pour que Lucius Malefoy et les autres l’acceptent parmi eux… Il est exactement comme Voldemort. Une mère sang-pur, un père moldu… honteux de ses origines, essayant de se faire craindre par la magie noire, se donnant un nouveau nom plus impressionnant - Lord Voldemort, le Prince de Sang-Mêlé. Comment Dumbledore a-t-il pu ne pas voir… » - Harry Potter et Le Prince de Sang-Mêlé (Chapitre 30, « La Tombe Blanche »)

Choisir le surnom de Prince de Sang-Mêlé ou de Half-blood Prince pour revendiquer sa lignée de sang-pur est à mon sens un peu curieux. Adopter le surnom de Half-Blood Prince c’est mettre autant en valeur le fait qu’on soit moitié Prince, que le fait qu'on soit à moitié… Pas Prince. Et donc, dans le cas de Rogue, à moitié pas sang-pur. Ma première hypothèse était que Rogue ait eu l’idée de marcher dans les pas de Voldemort : en se forgeant un alias et en mettant en évidence le point qu’ils avaient en commun, leur statut de Sang-Mêlé. Mais cette théorie ne tient pas vraiment debout. Voldemort n’ayant jamais revendiqué son statut de Sang-Mêlé, cela ne semble pas à une méthode très maline pour entrer dans ses bonnes grâces. On peut aussi discuter l’idée que Rogue n'était peut-être même pas au courant de l’affiliation de Voldemort avec la famille moldue portant le nom de Jedusor. Je pense que Harry n’a raison que dans le fait qu’il ait tenté de se donner plus d’importance, même si, inconsciemment, il a peut-être aussi voulu marquer sa différence. L’aspiration du jeune Rogue à se démarquer devait sans doute s’étendre jusqu’au groupe des Mangemorts. Être un Mangemort parmi les autres ne devait pas l’intéresser beaucoup plus que d’être un sorcier parmi les autres. Après tout, s’il avait véritablement voulu mettre en avant sa lignée de sang-pur, d’autres options de surnoms moins ambiguës s’offraient à lui, comme « L’héritier des Prince » ou d’autres idioties du genre.

AMOUR OU OBSESSION ?
Comme pour le caractère de Rogue, l’analyse et les études de ses sentiments et de leur nature vont plus reposer sur une perception personnelle que sur des arguments objectifs. Mais comme il y a débat sur la sincérité de l’amour de Rogue et que là où il y a débat, il est intéressant de considérer plusieurs points de vue, je vais tout de même me pencher un instant sur le sujet. 
Si j’essaye de résumer certaines opinions sur l’amour que Rogue porte à Lily, ses sentiments ne sont à priori pas questionnés lorsqu’ils sont enfants. C’est par la suite et lorsque Lily commence à sortir avec James Potter puis l’épouse, que ces mêmes sentiments sont de moins en moins bien considérés et sont rapprochés de l’obsession. L’apogée survient après la mort de Lily et dans le fait que Rogue, ne s’en remettant jamais, poursuit tout le reste de sa vie à protéger la vie de Harry Potter, non pas par bonté de sa part mais parce qu’il est rongé par la culpabilité. Pour être très claire dès maintenant, je trouve l’ensemble de ce raisonnement complètement absurde et je vais m’efforcer de t’expliquer pourquoi.

Rogue always patronus fan art
© Art by odduckoasis

Visions et définitions de l'amour.
Si les sentiments de Severus ne semblent pas poser de problèmes lorsque lui et Lily sont encore jeunes, cette tolérance paraît disparaître lorsque Lily tombe amoureuse de James. J’imagine que cette disparition vient du fait que, dans ces circonstances, le comportement socialement acceptable attendu de la part de Rogue est d’oublier son amour pour Lily et de passer à autre chose. Ce qui est absurde, autant pour la manière dont je vois les choses que pour les définitions du dictionnaire Le Petit Robert, toujours dans son édition très moderne de 1987 :

« AMOUR, nom masculin.
1. Disposition à vouloir le bien d'un autre que soi et à se dévouer à lui.
2. Affection entre les membres d'une famille.
3. Inclination envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l'instinct sexuel mais entrainant des comportements variés.
4. Relations sexuelles.
5. Personne aimée.
6. Personnification mythologique de l'amour. »


Il est intéressant de noter qu’aucune définition de l’amour, en dehors de la définition de l’amour familial qui reste discutable, n’implique ou ne suggère une quelconque notion de réciprocité des sentiments. Pour comprendre ceux de Severus Rogue, il est pertinent de distinguer les sentiments qu’il ressent pour Lily de la relation qu’il entretient avec elle. En effet, lorsqu’il y a réciprocité des sentiments, ces deux notions distinctes se confondent souvent. Dans le cas de Lily cependant, comme il n’y a aucun indice permettant de vérifier la nature de ses sentiments pour Rogue (sa relation avec James n’est suffisante que pour celles et ceux qui considèrent qu’il n’est pas possible d’aimer plusieurs personnes en même temps), sentiments et relation sont à considérer différemment. Les sentiments de Rogue reposent entièrement sur sa dévotion pour Lily, sa fidélité envers elle et son désir de protection de sa vie, plutôt que de ses intérêts. Il serait naïf de penser que Rogue cherche à éloigner Lily de James parce qu’il pense qu’il n’est pas assez bien pour elle (même s’il le pense effectivement), là où il ne faut voir que de la simple jalousie. Que son amour ne dépende pas de la réciprocité des sentiments de Lily ne fait pas de lui un obsessionnel mais montre surtout que ses sentiments sont désintéressés : il ne l’aime pas parce qu’il a quelque chose à y gagner (de l’affection en retour, de la compagnie, etc.) mais pour la personne qu’elle est. Au contraire, après le mariage de Lily avec James, l’aimer de lui apporte rien sinon de la souffrance. Qu’il n’ait pourtant jamais cessé de le faire prouve au mieux qu’il n’en a jamais eu envie, au pire qu’il en a toujours été incapable. Rien dans les preuves dont on dispose ne montre que son comportement ait pu être, à un quelconque moment, obsessionnel (et donc répréhensible) envers Lily. Il semblerait même qu’ils n’aient plus été en contact après les noces des Potter. 
Le reproche légitime qu’on peut en revanche lui faire, c’est d’avoir tenté de sacrifier la vie de James et Harry auprès de Voldemort pour sauver celle de Lily. Cette action ne s’explique pas par l’amour mais par des sentiments égoïstes. Il se fichait que Lily perde son mari et son enfant, et donc soit malheureuse toute sa vie, s’il pouvait s’éviter de continuer à vivre en sachant qu’elle était morte. À cela trois explications possibles :

1-Rogue estime que perdre son mari et son enfant est un sort préférable à celui de mourir. Peu probable, si on considère l’extrait suivant.

« Il entendit un son horrible, comme la plainte d'un animal blessé. Rogue était affalé dans un fauteuil, le visage entre les mains, et Dumbledore se tenait devant lui, la mine sinistre. Au bout d'un moment, Rogue releva la tête. Depuis qu'il avait quitté le sommet de la colline désolée, il avait l'air d'un homme qui aurait vécu un siècle de misère. (...)
- Je voudrais... Je voudrais, moi, être mort... » - Harry Potter et les Reliques de la Mort (Chapitre 33, « Le Récit du Prince »)

2-Rogue est absolument certain que Voldemort va tuer James et Harry sans négociations possibles. Il juge alors que Lily est la seule personne qu’il soit en mesure de sauver et que demander sa grâce en échange de la vie des deux Potter ne changera pas le résultat. Probable considérant l’intelligence et l’esprit d’analyse de Rogue, discutable si on prend en compte son état de panique face aux conclusions tirées par Voldemort suite à l’écoute d’une partie de la prophétie.

3-Rogue était prêt à n’importe quoi pour sauver l’amour de sa vie. Il aurait été intéressant de savoir quelle stratégie il aurait adoptée s’il avait eu la lucidité et le temps de considérer la situation avec davantage de recul mais on ne peut émettre à ce sujet que des hypothèses. C’est l’explication qui me semble le plus vraisemblable mais, à titre personnel, j’ai choisi de ne pas blâmer un homme qui cède à un accès de folie face à la nouvelle de la condamnation de l’amour de sa vie - parce qu'il est fort probable que ma réaction aurait été similaire à la sienne.

Pour quelles (véritables) raisons Rogue tient-il autant à protéger Harry ? 
On accuse régulièrement Rogue de vouloir préserver la vie de Harry pour des mauvaises raisons : c’est-à-dire, non pas parce qu’il est bon, mais parce qu’il est écrasé par la culpabilité. Même s’il peut paraître un peu tordu de questionner les motivations d’une bonne action et que Rogue est certainement l’un des seuls personnages à bénéficier de ce traitement de faveur, puisqu’on est ici pour couper les cheveux en quatre et disséquer ce qu’il y a à l’intérieur, penchons-nous sur ces dites motivations. 
Est-ce vraiment une mauvaise chose que Rogue agisse par culpabilité ? Depuis la mort de Lily, Rogue a consacré toute sa vie à essayer d’obtenir son pardon, tout en sachant qu’il ne pourrait jamais l’obtenir, par sa propre faute. Aussi fort qu’il aurait pu essayer Rogue et même par amour pour Lily, n’aurait sans doute jamais pu apprécier Harry. Pour dire la vérité, je suis même surprise qu’il ait réussi à se tenir dans la même pièce que lui pendant toutes ses années alors que, chaque fois qu’il posait les yeux sur lui, c’est le visage de celui qui lui avait fait passer les pires moments de son adolescence qu’il voyait, et alors que, chaque fois qu’il posait les yeux sur lui, c’est le regard de la femme qu’il aimait le plus au monde et dont il portait la responsabilité de la mort qu’il voyait. À sa place, j’aurais probablement démissionner à la seconde où ce gamin a posé un orteil dans le château. Mais il a choisi de rester pour poursuivre la mission de Lily : protéger la vie de Harry. Éprouver de la culpabilité, essayer de mieux agir, de compenser ses erreurs, éprouver des remords et chercher le pardon n’est pas ce qui caractérise une mauvaise personne. Dans le monde de Harry Potter, c’est même ce qui différencie le mauvais de celui qui veut emprunter le chemin de la rédemption.

« -N’y a-t-il pas un moyen de reconstituer son âme en rassemblant les morceaux ? demanda Ron.
-Si, répondit Hermione avec un pâle sourire, mais ce serait atrocement douloureux. 

-Pourquoi ? Comment y parvient-on ? interrogea Harry.
-Par le remords, répondit Hermione. Il faut ressentir profondément le mal qu’on a fait. Et il y a un détail annexe. Apparemment, la douleur éprouvée est telle qu’elle peut détruire. » - Harry Potter et Les Reliques de la Mort (Chapitre 6, « La Goule en Pyjama »).

Je trouve que la description ressemble étrangement à la vie de Rogue depuis la mort de Lily et qu’il ne serait pas illogique qu’il ait tenté symboliquement de faire exactement cela : reconstituer son âme. Je crois que ce que les personnes qui critiquent le fait que Harry ait choisi de prénommer son fils Severus n’avaient pas compris ce qu’il avait compris : qu’il était le seul à pouvoir accorder à cet homme ce qu’il avait sacrifié la moitié de sa vie à rechercher, le pardon de Lily à travers le sien.

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Si tu as des commentaires, des réactions ou des questions à partager, n'hésite surtout pas, je serais ravie de poursuivre le débat !

Les chapitres précédents et suivants sont répertoriés dans l'article d'Introduction & Sommaire au fur et à mesure de leur publication.

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Lily